Un chemin d’expertise entre soin, hygiène et bionettoyage
A quelques mois de son départ en retraite Fernand Sanchez revient sur son parcours et les enjeux essentiels de l’hygiène et du bionettoyage au sein de l’AP HM.
Depuis 2014 Fernand Sanchez veille sur le bionettoyage et la propreté de quelque
625 000 m2 des hôpitaux de Marseille et des secteurs rattachés. Celui qui a commencé sa carrière comme infirmier, puis cadre de santé et cadre supérieur infirmier revient sur ce parcours d’exception au cœur de l’AP-HM. « Ma formation d’hygiéniste hospitalier a été très importante et déterminante dans mon parcours qui a évolué vers celui de cadre expert auprès de la direction des achats sur les marchés de bionettoyage et auprès de la Direction de la Logistique et de l’Hôtellerie, direction à laquelle il appartient aujourd’hui. Avoir un regard de soignant me permet, j’en suis sûr de disposer d’outils supplémentaires dans les prises de décisions, pour accompagner la mise en place et le suivi des prestations externalisées, des nouvelles techniques de bionettoyage » analyse Fernand Sanchez, Marseillais d’adoption depuis plus de 30 ans, qui a pu, au fil du temps, valoriser ses différentes casquettes.
Des expertises complémentaires
D’abord celle de cadre expert auprès de la direction des achats lorsqu’il s’agit de conseiller pour les différents investissements en matière de prestations, de matériels et de produits. L’expert de l’AP HM participe également à la rédaction des cahiers des charges, à l’analyse des appels d’offres ainsi qu’à la sélection finale des candidats sur la partie technique du dossier. La dernière étape, qui va s’inscrire dans la durée, porte sur la mise en place du marché, la coordination et la structuration des prestations dans le temps, mais également sur les audits de contrôle et les évaluations de niveau 3.
Externaliser ou non les prestations
La question du choix d’externaliser ou non une prestation de bionettoyage est posée régulièrement par les différents directeurs de pôle ou de site à Fernand Sanchez qui doit apporter la réponse la plus experte mais aussi la plus pragmatique en fonction de chaque situation. « Le choix d’externaliser peut s’imposer quand en interne la meilleure réponse n’est pas apportée, ou lorsque le site demande une reconfiguration des prestations.
L’analyse du rapport qualité/prix doit se faire en fonction de chaque situation. Rien n’est jamais acquis, il ne faut surtout pas avoir d’apriori, et savoir s’adapter en permanence. Notre métier est un challenge permanent ! Le message important à faire passer concerne également toutes les étapes en amont des marchés eux-mêmes. Nous sommes actuellement en pleine reconstruction du secteur parents-enfants et travaillons sur l’hôpital cardio-vasculaire. Il est essentiel de ne pas rater le coche et d’être toujours consultés sur ces projets architecturaux. C’est la condition aussi pour pouvoir intégrer au mieux les nouvelles technologies comme la cobotique » conclut Fernand Sanchez.
Fernand Sanchez dites-nous….
Quel conseil donneriez-vous à un(e) collègue qui prendrait ses fonctions comme responsable du bionettoyage dans un hôpital ou un établissement de santé?
Le premier conseil que je donnerais est de ne jamais s’installer dans des certitudes ! Le domaine de l’hygiène hospitalière évolue en permanence, il est donc essentiel de se former en continu, de rester en veille sur les nouvelles techniques, les innovations et les bonnes pratiques. Au-delà des aspects techniques, je dirais aussi qu’il est indispensable de développer une vision globale du métier. Le bionettoyage ne se limite pas à une prestation de nettoyage : c’est un maillon essentiel de la chaîne de soins. Cela suppose de travailler en étroite collaboration avec les équipes de soins, les équipes d’hygiène, la logistique et les directions, pour inscrire son action dans une logique de qualité et de sécurité des soins.
Un autre point clé est la capacité à piloter et à structurer l’activité : suivi de la qualité, traçabilité, analyse des indicateurs, organisation des contrôles. La crédibilité du dispositif repose en grande partie sur cette rigueur, qui permet d’objectiver les résultats et de sécuriser les pratiques.
Enfin, je recommanderais de donner toute leur place aux équipes, et en particulier aux agents de service hospitalier en charge du bionettoyage. Leur rôle est déterminant, et leur reconnaissance est un levier essentiel de performance. Savoir fédérer, expliquer le sens des actions, accompagner les évolutions est une condition majeure de réussite.
Selon vous le regard porté par les patients et les soignants sur l’hygiène et le bionettoyage a-t-il évolué?
Oui, et de manière très nette, notamment sous l’effet de la crise sanitaire liée à la COVID-19. Historiquement, l’hygiène hospitalière, et plus particulièrement le bionettoyage, étaient perçus comme des fonctions de support essentielles mais relativement invisibles. Le travail des agents de service hospitalier (ASH) était souvent peu valorisé, assimilé à une prestation technique sans toujours mesurer son impact direct sur la qualité et la sécurité des soins.
Aujourd’hui, le regard a profondément changé. Du côté des patients, la propreté des locaux est devenue un marqueur immédiat de confiance vis-à-vis de l’établissement, et perçue comme un indicateur concret de qualité des soins, au même titre que la compétence médicale. Un environnement propre rassure, tandis que la moindre dégradation de l’hygiène est désormais plus rapidement perçue et exprimée.
Du côté des soignants, la perception a également évolué vers une meilleure reconnaissance du rôle du bionettoyage dans la prévention du risque infectieux. L’hygiène des surfaces est désormais pleinement intégrée dans les stratégies de maîtrise du risque, en lien étroit avec les équipes opérationnelles d’hygiène. Cela a contribué à repositionner les ASH comme de véritables acteurs de la chaîne de soins, dont l’intervention participe directement à la sécurité des patients. Dans ce cadre, l’hygiène hospitalière n’est plus perçue uniquement comme une fonction de nettoyage, mais comme un véritable levier stratégique de qualité et de sécurité des soins.
Cependant, cette évolution reste contrastée. Si la reconnaissance s’améliore, elle demeure parfois encore insuffisante au regard des enjeux. Les ASH restent confrontés à des contraintes organisationnelles fortes, notamment dans les contextes d’externalisation, qui peuvent complexifier leur intégration dans les équipes de soins et limiter leur visibilité.
Au-delà de votre activité professionnelle au sein de l’APHM quels sont les engagements qui vous tiennent particulièrement à cœur ?
Je citerai d’abord la fondation de l’ARBS ! Cette jeune organisation professionnelle rassemble aujourd’hui de nombreux acteurs issus de CHU et de centres hospitaliers, autour d’enjeux communs liés au bionettoyage. Je souhaite continuer à m’y investir activement, car il s’agit d’un véritable espace d’échanges, de partage d’expériences et de structuration des pratiques professionnelles. L’ARBS constitue aussi une source d’inspiration, permettant de croiser les regards, de valoriser les métiers du bionettoyage et de contribuer à leur reconnaissance au sein du système de santé.
Par ailleurs, sur un plan plus personnel, je suis très attaché au domaine culturel. Cette nouvelle étape de vie me permettra de consacrer davantage de temps à des activités qui me passionnent, notamment les expositions, les concerts et les voyages, qui sont autant d’occasions d’ouverture et d’enrichissement. Et enfin, je reste profondément attaché au CHU de Marseille, qui m’a offert la possibilité de construire une carrière professionnelle particulièrement riche et engagée. Cet ancrage continuera de nourrir, d’une autre manière, mon implication et mon regard sur ces sujets.
