Précurseur et expert de premier plan des pratiques d’hygiène hospitalière en France, le Dr Carenco a été un maillon essentiel de la création de l’ARBS.
Pouvez-vous nous présenter rapidement votre parcours ?
Je suis praticien hospitalier depuis 1990, d’abord en médecine polyvalente, puis très rapidement en médecine orientée vers la médecine interne et l’oncologie au CH de Hyères. En 1997 je passe un diplôme d’hygiène et oriente mon activité dans le domaine de la santé environnementale. Après cette période dans le Var j’ai rejoint le CHU de Nice pour reprendre le service hygiène et participer au CPIAS PACA (centre régionale d’appui et d’expertise en prévention des infections). Par ailleurs je suis expert auprès de l’ANAP (Agence nationale pour la performance sanitaire et médico-sociale), de l’AFNOR et membre du Comité européen de normalisation secteur textile en santé.
Pourquoi avez-vous choisi de vous orienter vers l’hygiène en santé et les enjeux environnementaux des établissements de santé ?
Je m’inquiétais de l’impact de l’hôpital sur son environnement, au travers par exemple des rejets des différents produits, alors que l’on pouvait ainsi rejeter des tonnes de désinfectants dans les égouts. Ce changement d’orientation m’a également conduit à m’intéresser à la prévention et au lien qui peut exister avec différentes maladies. Dans les années 90 il n’existait pas vraiment d’organisation à échelle nationale portant sur l’entretien des hôpitaux, mis à part un guide du ministère de l’Économie et des finances traitant des marchés publics. Un 1er guide centré sur l’entretien des hôpitaux est paru en 1990, mais il a fallu attendre 2009 pour trouver un ouvrage plus centré sur les choix écologiques dans ce domaine et des publications uniquement technique portant sur les méthodes d’entretien hospitalier, sans mention aux impacts environnementaux édités par les CCLIN. Ces documents étaient avant tout rédigés par des hygiénistes et des soignants sans y impliquer suffisamment les professionnels de la propreté et du bionettoyage. Dans les hôpitaux, les organisations ne sont pas homogènes concernant le management de cette fonction.
Avez-vous eu des sources d’inspiration, des modèles particuliers ?
Dans les années 2010 j’ai eu l’occasion d’aller au Québec et d’apprécier la façon dont les formations étaient dispensées et encadrées dans le cadre de la fonction d’entretien dénommée « Hygiène et salubrité » qui impose aux professionnels un cursus de 500 heures (équivalents de nos CAP), en entretien et gestion des déchets. J’ai pu constater aussi les relations directes de cette structure avec les Pouvoirs publics, devant ainsi force de propositions. C’est un modèle de corporatisme à prendre en compte. Il était nécessaire de structurer ces métiers et de professionnaliser cette fonction de bionettoyage au sein des hôpitaux. C’est ce que j’ai pu observer en France avec l’URBH dans l’environnement des blanchisseries hospitalières. Nous avons suivi ce modèle en organisant, avec des professionnels du CCTN les premières journées d’étude du bionettoyage dédiées à l’entretien des hôpitaux dans le cadre des journées d’études de l’URBH.
Quelle place doit-on donner à la formation dans ces filières de bionettoyage ?
Je crois au caractère indispensable de la formation, et à la nécessité de construire des vrais parcours structurants en formation initiale, mais aussi dans le cadre de la professionnalisation des agents, dès lors que ce domaine de compétence les intéresse. C’est un vrai métier à construire en hygiène et propreté autour de la santé. Il existe des formations de tous les niveaux du CAP au post-bac, qui permettent d’offrir à tous ceux qui le souhaitent une progression de carrière dans une filière importante tant du point de vue économique que social.
Quels sont les enjeux de ces métiers ?
L’hôpital a pu servir de modèle depuis de nombreuses années, malgré les erreurs qui ont pu être faites, en matière d’environnement notamment. Par une action inscrite aux premiers Plan Régionaux Sant-Environnement et soutenue par l’ARS notre équipe a formé 270 établissements aux méthode fondées sur l’usage raisonné des produits détergents et désinfectants. Cela a conduit à réduire de 45% l’usage des produits chimiques, avec un impact direct sur les accidents de travail et les maladies professionnelles. Le guide 2021 de l’éco-nettoyage hospitalier rédigé sur commande de l’ARS ARA par les CPIAS PACA et ARA avec le concours du CTTN, m’a permis d’approfondir les connaissances dans ce domaine. C’est aussi un domaine de recherches sur les produits biocides et l’ampleur leurs impacts qui m’ont conduit jusqu’aux terres polaires.
D’où votre demande auprès de l’ARBS de produire un guide dédié à l’ensemble des responsables et acteurs du bionettoyage en santé ?
Je pense qu’il est très important de disposer d’un référentiel professionnel qui soit propre aux responsables de bionettoyage en santé, et indépendant d’autres visions purement économiques, industrielles ou purement hygiénistes. L’enjeu est de partager l’expertise et notre approche du travail dans les établissements de santé. Ce travail doit s’appuyer sur le savoir-faire et les connaissances de toutes les personnes qui interviennent dans cet univers.
Quelles doivent en être les grandes lignes ? Pour quel usage ?
Nous avons la chance de disposer aujourd’hui de technologies très évolutives, de matériels innovants, de limiter l’utilisation de produits agressifs, et de déployer des protocoles maîtrisés. Cet outil doit être le plus officiel et le plus complet possible pour en faire une référence nationale auprès des directions d’établissements, comme des instances régionales et nationales. Il doit pouvoir être mis également entre les mains des décideurs et des Pouvoirs publics pour faire avancer les réflexions et aider aux décisions.
Quels sont, pour vous, les enjeux du bionettoyage dans les années à venir ?
Les ruptures technologiques vont nous faire entrer dans l’ère de la mécanisation intelligente. L’IA va pénétrer tous les domaines. A nous de prendre cette évolution comme une opportunité, et pas comme une menace. Le deuxième défi sera d’être capable de limiter encore plus l’impact des activités de bionettoyage sur l’environnement. Cette exigence est liée aux pratiques d’entretien, mais également aux choix des solutions utilisées. Pour ne prendre que l’exemple des textiles, nous devons nous intéresser à leur cycle de vie et à l’impact des microplastiques sur l’environnement. Nous devons raisonner de façon globale et positive plutôt que de faire de la collapsologie et dire que tout va mal !
